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Publié le mercredi 17 août 2011, Modifié le jeudi 18 août 2011

Définition du dictionnaire Larousse 2010 : dépendance mutuelle entre des êtres humains. Un individu ou un groupe humain est solidaire quand il partage ce qu’il a en propre (argent, amitié, information, etc..) avec une autre personne ou groupe qu’il estime plus démuni que lui.

Les motivations d’un tel partage peuvent être multiples : se donner bonne conscience d’avoir plus, faire une « bonne action » pour gagner le paradis promis par sa religion, avoir un sentiment de compassion, avoir le souci de plus d’égalité et de justice, ou encore se faire de la publicité ou celle de son entreprise, se donner en exemple vis à vis d’autrui. Enfin, une aumône versée, de temps en temps, peut être un alibi pour ne pas prendre d’engagement social plus fort.

Les théoriciens de la solidarité ont établi une gradation des différentes formes que celle-ci peut prendre, 3 stades, allant de la plus basique à celle qui confèrerait le plus de dignité à l’être humain, qui sont :
- La charité,
- Le développement,
- La conscientisation.

La Charité, du latin caritas : affection Forme de solidarité la plus ancienne, on en trouve des exemples dans les récits de l’antiquité, mais elle a été élevée au niveau de « vertu théologale [en relation avec Dieu] », avec la Foi et l’Espérance, par le christianisme naissant. Elle traduit l’amour que l’on ressent pour Dieu et, sur terre, pour tous les humains. La charité est liée au sentiment de compassion qu’une personne ou un groupe peut avoir envers une autre personne ou groupe, considérant leur situation économique, intellectuelle, etc, plus précaire.

Elle est aussi indulgence et même commisération ; plus prosaïquement, elle est bienfaisance ou aumône pour les « pauvres ». Le croyant chrétien, musulman, hindou ou bouddhiste a l’obligation morale de partager s’il veut espérer accéder à une vie éternelle, proche de son Dieu, après la mort. Le reproche fait à la charité est qu’elle établit, consciemment ou non, une relation de subordination entre celui qui donne et celui qui reçoit. L’un donne un peu de son superflu, l’autre tend la main pour recevoir, les deux ne sont donc pas au même niveau. Cela évoque la relation qui a pu exister, anciennement dans nos pays d’Europe, mais toujours présente dans d’autres parties du monde, entre un patron et ses ouvriers lorsque le salaire était considéré plus comme un don que comme un dû. C’est pourquoi la solidarité charitable qui est nécessaire en cas d’urgence, personnes ou familles à la rue, cataclysmes, etc.. doit elle être remplacée dès que possible par une autre forme de solidarité qui redonne en plus dignité et espoir à la personne ou groupe aidé.

Est ce que Volontariat est une organisation charitable ? Oui certainement. Son leitmotiv a toujours été de « servir Premiers les plus souffrants ». Son principe de base est de « laisser la porte ouverte à toute misère » ; celui qui franchit la porte vient parler de ses problèmes, financiers souvent, mais aussi problèmes de couple, de famille, de travail. La première chose que nous proposons peut être une aide d’urgence, donner un repas, une aide en nature (provisions, vêtements, etc), une aide médicale, etc, ce qui est typique d’un geste charitable.

Après le Tsunami de décembre 2004, toute l’aide que le Volontariat a apporté aux habitants de nombreux villages, communautés, individus : aide d’urgence (provisions, vêtements, ustensiles de cuisine), puis renouvellement de l’outil de travail (bateaux de pêche, bêches et pioches, matériel de réparation de chaussures, etc), construction de logements provisoires, systèmes fournissant de l’eau potable, enfin maisons en dur, tout ceci a été rendu possible par des gestes charitables individuels, associatifs, d’entreprises ou institutionnels. Toutefois, dans ces circonstances, nous avons pu rendre l’espoir à ces populations meurtries et les mettre sur la voie d’un avenir.

La charité ne peut être que momentanée, car elle n’apporte pas de vraie réponse, dans la durée, aux problèmes d’une famille, d’un groupe. Cela nous amène au deuxième stade de la solidarité.

Le Développement Un proverbe attribué aux chinois affirme : « à celui qui a faim, donne de préférence une ligne pour pêcher un poisson, plutôt que de lui donner ce poisson [charité] ». Le développement donne à l’individu ou au groupe, les moyens de s’en sortir par la création d’emplois et d’activités [durables].

Cette notion de travail est essentielle car, souvent, le bénéficiaire de la charité n’a pas d’espoir d’une amélioration de sa vie, est trop « cassé par la vie » pour espérer encore, il cherche à survivre « aujourd’hui », alors que l’espoir est déjà une projection sur « demain ». Donner à quelqu’un la possibilité d’un travail l’oblige à (ré)apprendre à se structurer, à retrouver un rythme de vie régulier et lui permet d’oublier l’impérieuse nécessité d’actes de survie comme la mendicité. Le travail n’est certes pas le seul critère de réinsertion, mais il en est un élément indispensable.

Durant près de 50 ans, le Volontariat a permis à beaucoup de celles et ceux qui ont frappé à sa porte de construire un avenir meilleur, soit directement par un travail, soit par une éducation et une formation.

Nous avons ainsi aidé des adultes, ruraux fraîchement arrivés à Oupalam à cause d’années répétées de sécheresse, à trouver un travail régulier comme éboueurs de Pondichéry. Une large proportion des employés du Volontariat est issue de familles venues demander aide et notre réponse fut de leur proposer un travail au sein de l’organisation.

On peut citer également le démarrage de l’Atelier Shanti avec des hommes et des femmes handicapées, lépreux guéris qui, rejetés par la société, ont acquis une dignité humaine et une fierté par leur travail de tisserands, de même que la plupart des brodeuses, des couturières et des femmes de ménage, ayant charge de famille, veuves ou délaissées par leur mari.

Par le parrainage, par la prise en charge d’enfants et d’ados des programmes Souriya et Nila Illam, par les centres d’apprentissage, nous sommes acteurs du développement de milliers d’enfants qui, sans l’aide des parrains et marraines, n’auraient aucune formation, instruction, éducation pour espérer un futur et non le subir. Aussi remercions nous toutes les personnes et familles qui, en Europe, Inde et ailleurs, ont cette action solidaire de développement avec l’équipe du Volontariat.

Mais le développement solidaire, qui permet à un être d’assurer durablement par son travail sa subsistance et lui donner de l’espoir, ne suffit pas. Pour nombre de théoriciens modernes et en particulier pour ceux qui ont élaboré et cherché à mettre en pratique la désormais fameuse « Théologie de la libération », née dans les groupes de base d’Amérique latine et notamment celles du Brésil, il doit être acteur de son propre développement.

La conscientisation Sans entrer dans la complexité de la dialectique de cette idéologie, on peut la définir comme une prise de conscience [en anglais : awarness], par un groupe exploité, subissant une subordination ou une exclusion, des mécanismes, d’ordre social, religieux ou politique, ayant conduit à leur situation. A partir de cette connaissance, le groupe recherche les moyens à mettre en œuvre pour se « libèrer » collectivement, dans la violence ou la non-violence.

L’individu ne se contente pas d’un travail pour assurer sa subsistance, dans un contexte socioéconomique bloqué par un groupe dominant, mais collectivement, parce qu’alors il est plus fort. Le groupe se libère du système qui l’opprime en en changeant les structures. C’est lui l’artisan de sa propre solidarité, on parle alors d’ « empowerment », terme anglais qui n’a pas réellement d’équivalent en français.

Cette idéologie, élaborée par un éducateur brésilien, Paulo Freire, dans les années soixante, refuse de prendre en compte l’histoire officielle parce qu’écrite et interprétée par le groupe dominant, fait intervenir des éléments extérieurs qui aident à cette prise de conscience et s’appuie sur des outils de communication tels que cinéma, vidéo, théatre, télévision, etc, qui relatent des situations vécues ou mettent en situation.

Particulièrement actives en Amérique du sud, les techniques de conscientisation ont été plus tard connues de nombreux pays dont l’Inde. Un seul exemple indien, celui de mon ami Henri V. qui, avec ses travailleurs sociaux, a aidé des journaliers agricoles, réduits en servage depuis des générations par des propriétaires terriens de l’état du Maharastra. Maintenant leur mouvement de revendications dans la non-violence alors que leurs adversaires : propriétaires terriens, policiers, justice locale, employaient la manière forte, ils ont eu finalement gain de cause auprès de la Cour Suprême de l’Inde et ont pu faire appliquer la Constitution indienne qui interdit la pratique [encore vivace] du servage. Mais à la suite de cette action, Henri V. a été menacé sur sa vie et a dû quitter l’Inde.

Le développement des Syndicats, au cours des siècles précédents, n’a-t-il pas procédé de la même idée de se défendre collectivement, pour obtenir un partage plus juste des fruits du travail et une reconnaissance sociale individuelle et collective. Ils ont toutefois été souvent récusés par les mouvements de conscientisation parce que soupçonnés de ne plus être représentatifs de leur base et défendant leurs intérêts propres.

Les travailleurs sociaux du Volontariat affrontent depuis des dizaines d’années les mêmes problèmes qui empêchent une prise de conscience globale des populations concernées par son action.

L’un de ces problèmes est l’hétérogénéité des personnes qui frappent à notre porte : quartiers différents, origine rurale différente, il n’y a pas d’unité dans la population qui s’est installée à Oupalam et dans les quartiers proches de la ville de Pondichéry. Aujourd’hui, Pondichéry a beaucoup grandi, Oupalam et les autres quartiersen font partie intégrante, une partie de sa population a migré vers des zones plus éloignées ; Oupalam devient un quartier résidentiel, qui l’aurait crû il y a 40 ans ? Bien sûr, à l’ombre des nouvelles maisons, subsistent des huttes traditionnelles et le gouvernement local donne des subventions pour construire à leur place des maisons en dur. Comment alors cette population penserait elle à se libérer alors qu’une bonne partie d’entre elle recherche son intérêt individuel et reçoit des subventions ?

Le Volontariat conduit depuis très longtemps de nombreuses campagnes de prise de conscience (« awarness programmes ») pour combattre l’illettrisme et développer l’éducation des filles, pour lutter contre la préférence mâle et donc le foeticide des bébés filles, pour combattre l’alcoolisme des hommes (principalement) et leur comportement souvent irresponsable, réduire les violences familiales y compris les agressions sexuelles, pour renforcer l’hygiène et la santé, pour bannir la pratique de la dot, pour réduire la pression sociale qui s’exerce à certaines occasions (mariage, décès, etc) et entraîne des dépenses sans mesure avec les possibilités des familles, pour combattre le recours habituel aux usuriers qui s’enrichissent du sang des pauvres, etc. Mais il y a encore fort à faire pour l’ « empowerment » des femmes et la libération de ces populations !

De même que le Volontariat et toute autre organisation à caractère social auraient pour finalité de disparaître si le monde devenait idéal, la solidarité ne serait plus à mettre en avant si elle s’appliquait naturellement à tous les échelons des sociétés.

Comme dit la chanson : Si tous les gars du monde voulaient se donner la main……………

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